"Le Château de Grenade fut inspiré par 3 des plus nobles sentiments : L’amour conjugal, l’amour fraternel, et l’amour de l’art."
C'est ce que prononça James de Lacaussade, maire de Portets, à l’occasion de la bénédiction solennelle du château par son Eminence le Cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, le 26 octobre 1864.
L’étude de l’histoire du Domaine confirme la pertinence de cette déclaration.
GRENADE, UNE HISTOIRE D’AMOUR FRATERNEL
"Fayre pla, layssa dire", Faire bien, laisser dire, telle était la devise de la famille de CARAYON LATOUR, qui créa le Château de Grenade en 1859.
A cet emplacement, existait déjà une vaste demeure appartenant à une famille noble protestante depuis le 17ème siècle : les FERRONS. Le domaine de Grenade, d’une soixantaine d’hectares alors, passa aux mains de la famille DE ROUSSANES, qui s’allia en 1737 à la famille DE SAINT MARC, seigneur de Saint Selve. Le 16 septembre 1858, le baron Edmond de CARAYON LATOUR acquiert la propriété de Grenade.

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Edmond de Carayon Latour (1811-1887), fondateur du Château de Grenade, et son frère Joseph (1824-1886) : Deux hommes de grande influence sociale et politique.

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Héros de la guerre franco allemande de 1870, Joseph de Carayon Latour commanda le 3ème bataillon des mobiles de la Gironde, détaché dans l’Est.
Le château a consacré une salle d’honneur à cet illustre bataillon.
Elu représentant de la Gironde sur une liste conservatrice, il fut reconnu comme un des chefs du parti légitimiste sur le plan national et la personnalité la plus marquante du légitimisme girondin avec le marquis Amédée de Lur Saluces.
En 1878, il est nommé sénateur.
Sa vie sociale fut importante aussi bien à Paris qu’à Bordeaux.
Elève de l’Ecole Polytechnique, il géra tout d’abord les nombreux intérêts de sa famille , dont le domaine de Virelade à 5 km de Grenade, acquis en 1851.
Pionnier de l’agronomie , il fut lauréat de la prime d’honneur pour ce domaine en 1867.
Membre du Comité des Courses du Jockey Club, du Comité de la Société Hippique de France et du Conseil Supérieur des Haras, il était reconnu comme un veneur distingué.
Il a créé la race dite du « chien de Virelade », un des chiens de meute les plus appréciés.
La meute de Grenade obtient le prix d’honneur au concours international de Paris en 1863 ; le célèbre peintre Jardin l’a reproduite sur un tableau.
Un mécène très investi dans les questions religieuses et philanthropiques, J. De Carayon Latour cumulait les présidences et les responsabilités : le conseil d’administration du quotidien royaliste « La Guienne », la société civile de Saint Joseph de Tivoli, la grande école catholique de Bordeaux, le Comité des Ecoles libres de la Gironde.
Le buste du baron, œuvre du sculpteur Chapus et résultat d’une souscription publique, fut installé après sa mort dans la mairie de Bordeaux.
GRENADE, UNE HISTOIRE D’AMOUR CONJUGAL

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Edmond De Carayon Latour épousa Henriette de Chateaubriand (1824-1903), la petite nièce du célèbre auteur et ministre. Ensemble ils fondèrent le Domaine de Grenade, où cinq générations se succédèrent jusqu’à nos jours.
Conseiller général et député du Tarn de 1840 à 1861, Edmond de Carayon Latour a défendu avec beaucoup d’énergie et d’indépendance les principes conservateurs et les intérêts religieux.
Henriette de Chateaubriand quant à elle était une femme de cœur et de culture, comme son célèbre grand oncle. On peut lire sur la façade arrière du château de Grenade la devise de la famille Chateaubriand, dont la noblesse remonte aux croisades : "Mon sang a teint la bannière de France".
Le Baron et la Baronne de Carayon Latour eurent un fils: Henri. (1850-1916).
Entré à Saint Cyr en 1869 , il fit une brillante carrière militaire : guerre de 1870, campagnes en Algérie de 1873 à 1875, en Tunisie de 1881 à 1882. Chef d’escadron de réserve, officier de la légion d’honneur, il est mobilisé en Août 1914. Il participe activement aux combats de Belgique et à la bataille de la Marne. Il sera décoré de la croix de guerre.
Dernier du nom, il épousa Marguerite d’Alsace d’Hénin dont il eut 5 filles.
Henri hérita des biens de ses parents mais aussi des propriétés de son oncle Joseph, disparu sans descendance.
Le marquis de Villeneuve épouse Henriette Laure Marie Simone, l’une des 5 filles de Henri De Carayon Latour.
Lui-même était officier de cavalerie , chevalier de la légion d’honneur.
Ils eurent un fils : Ludovic comte de Villeneuve (1922-2000), lequel céda le domaine à la famille Bonnaval-Chauffourier en 1999.
GRENADE, UNE HISTOIRE D’AMOUR DE L’ART
Edmond et Henriette de Carayon Latour ont voulu et conçu ce Domaine comme une œuvre, globale et harmonieuse, tant pour son architecture, que pour son parc et pour tous ses éléments ornementaux.
"La vérité est que pendant 10 ans j’avais préparé les fonds pour une œuvre de ce genre" déclare Edmond.
Le Baron exprimait clairement sa volonté d’innovation et de progrès par rapport à son projet.
Il a contacté Henri Duphot, architecte bordelais, et réalisé un voyage avec lui en Angleterre, afin dit-il "de chercher un style étranger, une construction d’un genre inconnu de nos compatriotes et qui pourrait devenir sur notre sol une date de progrès".
Henri Duphot (1810-1889) était un célèbre architecte bordelais qui contribua à secouer la tradition par ses œuvres multiples :
- édifices publics comme l’Hôtel de la Caisse d’Epargne de Bordeaux, aujourd’hui Musée de la Résistance place Jean Moulin,
- dizaines d’églises neuves dont Saint-Amand de Caudéran, Saint-Vincent de Portets, Notre Dame de Virelade,
- restauration des églises de Langon, Verdelais, Loupiac,...
- Châteaux de Cestas, et des grands crus du Médoc : Pichon-Longueville-comtesse-de-Lalande, Latour, Beaumont, agrandissement de Beychevelle et ferme Suzanne de Giscours, et bien sûr Lanessan, directement inspiré de Grenade.
Le Château et les écuries furent donc construits dans le pur style néo-élizabéthain, caractérisé par :
Longues fenêtres à meneaux, vocabulaire caractéristique du style "perpendiculaire".
Nombreux pignons, bow windows (avancées des fenêtres en arc vers le parc), hautes cheminées, balustrades ajourées, loggias.
Les écuries sont un modèle d’architecture, elles se caractérisent par :
Leur esthétisme :
Chacun des 10 corps de bâtiment est traité pour lui-même, en totale asymétrie, bichromie des briques rouges et pierres blanches, variété de l’architecture des murs et des toitures, boxes d’une élégance rare.
Leur fonctionnalisme, qui facilite le travail des hommes et le confort des animaux :
Chevaux à harnais et voitures à gauche, on y accède par un passage couvert contrôlé par la maison du cocher ; chevaux de selle à droite, avec 8 boxes aérés, très spacieux convenant à ces animaux fougueux, disposés en arc de cercle.
Entre les 2 : avancée du pavillon de la sellerie, greniers ventilés au 1er étage, chambres à coucher des garçons d’écuries.
Endommagées par la tempête de 1999, elles sont en cours de restauration pour ouvrir au public prochainement.
Pour l’histoire du Parc, voir la rubrique "Visite du Parc"
Archives municipales de Bordeaux :
(1) - 42 S 2123 : portrait de Edmond de Carayon Latour
(2) - 42 S 2122 : portrait de Joseph de Carayon Latour
(3) - 42 S 2124 : portrait de la Baronne de Carayon Latour (née Henriette de Chateaubriand)